Sanctuaires, sépultures

2006

Sanctuaire, Sépultures lie deux séries.

Une Saison au Sud Soudan sur le génocide et l’esclavage des populations noires africaines du Soudan de 1956 à nos jours en 2006, et la seconde Pas de Printemps pour Géronimo : sur les victimes de la traite transsaharienne.

La traite esclavagiste transatlantique d’autrefois a été abolie. Cependant en 2006 la traite esclavagiste arabe continue de dévaster l’Afrique noire, particulièrement en Mauritanie et au Soudan.

Les populations du Sud Soudan et des Monts Noubas ont étés victimes, jusqu’à l’accord de paix signé en janvier 2005, d’un génocide et d’un esclavage, perpétrés tous deux par la dictature du gouvernement du nord.

Une des spécificités de l’esclavage arabe était la fabrication d’eunuques : la route menant de Teggery dans le Fezzan (située de nos jours dans le sud de la Lybie) à Kukawa fut le cimetière de milliers d’enfants noirs africains morts dans ce chemin des esclaves, à travers le désert. Morts pour être transformés en eunuques pour les harems de l’orient.

La capitale de Bornon était célèbre pour sa production d’eunuques.

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Installation au FESMAN de Dakar, 2010

« Cette route était jalonnée par tant de squelettes humains qu’un explorateur même s’il n’avait pas été familier du désert aurait presque pu retrouver son chemin grâce à eux. »

La terreur silencieuse, Samuel Cotton

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Les Médicis

Rappelons que la mortalité suite à la mutilation des captifs était telle, que pour obtenir un eunuque les maitres arabes tuaient neufs enfants noirs africains ; et cela jusqu’au début du vingt siècle.

Le passé et le présent sont mêlés. Ce présent intenable est possible puisque le passé a été occulté et que sa transmission historique ne s’est pas faite.
Horreurs au dix huitième siècle et horreurs en 2006. Le mutisme d’hier cache encore la réalité d’aujourd’hui.
Dans certaines peintures, je mélange les deux titres mêlant corps mutilés d’esclaves du Soudan, corps détruits au Darfour, petites filles violées. La même défaite de l’innocence représentée et placée comme les patrons des vêtements des livres de découpe de mon grand père, tailleur en 1930.
Mais les victimes sont bien les mêmes, sacrifiées sur le théâtre de la cruauté ou l’horreur se joue en coulisses. Ces deux recherches ont tenté de rendre visibles, des évènements bien cachés.
Les morts oubliés sans sépultures forment un sanctuaire invisible.

Je rejoins Harold Pinter, homme de théâtre et militant des droits humains, j’essaye de rendre hommages « A ces morts politiques et oubliés qui attendent qu’ont leur rende justice ».

Sanctuaire, Sépultures se souvient.

Sanctuaire, Sépultures» Sacrificium.

Dans l‘installation Sanctuaire, Sépultures, les photos représentent des membres de la famille de l’artiste, sa mère, son oncle, un cousin lors de leur communion solennelle. Les jeunes Africains qui les côtoient sont eux anonymes, anonymes comme le sont encore, les captifs de la traite transsaharienne.

Collette Chanel, couronnée d’organdi, croise des mains perlées pour une rencontre spirituelle en ce matin lumineux.

Les jeunes garçons radieux, habillés d’un costume neuf pour la cérémonie, portent fièrement leur immaculé brassard brodé ; ces nœuds sophistiqués et précieux, représentés ici sur un bleu céleste, étaient vendus dans la boutique Vêtements Chanel des grands parents, et arrière grands parents de l’artiste.

Ces personnages recueillis, participent aujourd’hui de cette célébration, pour honorer cette sépulture virtuelle. Ils représentent la partie heureuse d’une jeunesse protégée et sont le miroir des jeunes garçons africains qui leur ressemblent, et ressemblent aussi à ceux qui, déportés dans le désert sont morts durant cette inhumaine traversée du désert libyen.

Ceux qui arrivaient vivants après cette marche, furent transformés en eunuques par la cruauté de la traite arabe.

Plus loin la libre marche de Métis dans les villes, joyeuse celle-là, traverse Rome et Paris.
C’est une célébration pour un supplice inutile, un sacrificium oublié.

En litanie, en procession lumineuse, leurs noms défilent, Sétigui, Tiéfing, Kélétigui, Koniba…

Fôtigui Monzon êtes-vous là ?, Bafing m’entends-tu ?

Jeunes communiants heureux, corps tendres de jeunes adolescents africains se croisent sur ces murs, et répondent aux visages des morts oubliés qui enfin reposent, sereins comme dans une boite à bijoux.

Une façon d’être ensemble, le temps d’une installation.

DIAGNE CHANEL PARIS, Avril 2012

Expositions

2010  Fesman • Festival des Arts de Dakar – Sénégal

 

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